Yves Boisset est mort, lundi 31 mars, à l’âge de 86 ans. Son œuvre, très politique, engagée à gauche et parfois contestable, a marqué les années 70. N’hésitant pas à s’attaquer aux pouvoirs en place ni à aborder des sujets politico-sociaux sensibles et délicats, il incarne le courage et l’indépendance d’un certain cinéma français aujourd’hui disparu. Pour lui rendre hommage, nous relayons l’entretien qu’il avait accordé à notre collaborateur Arnaud Guyot-Jeannin sur TV libertés, démontrant notamment là son ouverture d’esprit et son absence de sectarisme.
Une réponse
«En France, c’est le film «Dupont Lajoie» (Yves Boisset, 1974) qui illustre de manière à la fois emblématique et caricaturale, l’acte de naissance d’une nouvelle Gauche, dont le mépris des classes populaires, jusque-là assez bien maîtrisé, pourra désormais s’afficher sans le moindre complexe.
C’est, en effet, au lendemain de la défaite sanglante du peuple chilien, défaite dont le pouvoir alors traumatisant est, aujourd’hui bien oublié, que cette nouvelle Gauche s’est progressivement résolue à abandonner la cause du peuple (dont chacun pouvait désormais mesurer les risques physiques que sa défense impliquait) au profit d’une réconciliation enthousiaste avec la modernité capitaliste et ses élites infiniment plus fréquentables.
C’est alors, et alors seulement, que l’«antiracisme» (déjà présenté, dans le film de Boisset, comme une solution idéale de remplacement) pourra être méthodiquement substitué à la vieille lutte des classes, que le populisme pourra être tenu pour un crime de pensée et que le monde du showbiz et des médias pourra devenir la base d’appui privilégiée de tous les nouveaux combats politiques, aux lieux et place de l’ancienne classe ouvrière.» Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal